jeudi 20 mars 2014

En ce 20 mars...

…, Jour de la francophonie et de langue française, je reprends la plume, j’élève de nouveau la voix après un silence de quelques mois. Je vous propose ainsi quelques capsules sur des sujets de circonstance.

L'auteur Dany Laferrière.
L'américanité à l'Académie. L'historienne Hélène Carrère d’Encausse, dans un de ses ouvrages, l’a écrit : l’Académie française s’adapte au XXIe siècle. Madame Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel (au masculin, on n'a pas féminisé le titre) de la noble institution, répond ainsi à certains détracteurs. En effet, le caractère passéiste de l'Académie, sa culture de cols empesés, de même que la lenteur lancinante de ses travaux, lui ont souvent, très souvent, attiré maints quolibets, maintes critiques. À titre d'exemple, j'ai retracé en ligne une copie numérique d'un livre publié en 1855, Le 41e siège, dont l'auteur s'appelle Arsène Houssaye. Le 41e siège, ce sont tous ces grands noms de la pensée française que l'Académie a ignoré ou négligé : Molière, Dumas, Beaumarchais, parmi d'autres. Longtemps un espace réservé aux hommes, fondée en 1635, l'Académie a par ailleurs accueilli la première académicienne en... 1980; la Buxelloise de naissance Marguerite Yourcenar devait néanmoins se montrer quelque peu distante des délibérations des Immortels, ainsi qu'on les nomme. Mais reprenons le fil : le XXIe siècle. L'Académie française reçoit de plus en plus d'étrangers en son sein. Est-ce un signe des temps ?  Certes, oui. Le génie français rayonne de plus en plus par la francophonie, c'est-à-dire par le grand large. Et maintenant les francophones des Amériques, Haïti, le Québec, y ont un représentant en la personne de Dany Laferrière. Il s'agit d'un développement très opportun, un développement qui s'est fait longtemps désirer.

Les littératures francophones. L'excellent éditeur Mémoire d'encrier a mis en marché une compilation de textes de la professeure Lise Gauvin : D'un monde l'autre. Le sujet  de cette publication est la grande diversité des littératures de langue française, mais y est aussi relevée la difficulté d'une définition d'une francophonie culturelle. N'empêche : ceux et celles qui aiment voyager dans les mots de la francophonie peuvent s'y référer les risques... mille idées de lectures les titilleront...

Internet. Le Nouvel Observateur, par le truchement de la griffe de Jean-Louis de Montesquiou, s'intéresse au retard de notre langue dans le monde des médias numériques. La question est en effet on ne peut plus préoccupante. Certaines langues, comme l'allemand et le japonais, pourtant moins véhiculaires que le français, s'affichent avec plus de panache dans Intertet et ses nombreux rejetons. Le français, écrit le journaliste, « s'est doté d'une ceinture de chasteté légale et culturelle ». On pourrait même ajouter « institutionnelle». Ce qui nous ramènerait à la question de l'Académie française...

mercredi 27 novembre 2013

Galilée

Galilée... Galileo Galilei... Le nom de ce savant, astronome illustre, symbolise à mes yeux la quête de la connaissance – l'observation du monde tangible. Galilée en son temps a fait front aux autorités cléricales. Celles-ci ont prétendu parler au nom de Dieu. On connait la suite. Galilée s'est trouvé devant l'alternative du bûcher ou de la rétractation de sa théorie. Et pourtant «  elle tourne ». Oui, la Terre tourne autour du Soleil, elle n'est pas le cœur de l'univers, le vaisseau sur lequel Dieu aurait installé la race créée à son image et à sa ressemblance. Vérité qui n'a pas plu aux autorités catholiques de l'époque... Galilée annonçait les Lumières, ce XVIIIe siècle dont les penseurs devaient endiguer quelque peu les croyances irrationnelles. Son exemple nous enseigne que la religion doit rester et demeurer une affaire privée. On ne peut la laisser s’immiscer dans les choses publiques. Elle est par essence autoritaire, voire répressive – cela s'applique surtout  aux religions monothéistes, ces anciennes sectes connurent du succès. Je pense que l’Histoire recèle de faits révélateurs, l’affaire Galilée relève de ceux-ci. Les débats sur la laïcité qui depuis longtemps ont lieu en France, et maintenant au Québec, doivent les intégrer aux réflexions en cours. Il faut reconnaître le passif que constituent les religions dans la vie d’une société qui se veut démocratique.
 
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Un peuple qui refuse sa souveraineté, cela existe réellement ?  Oui, et celui auquel je pense se cantonne dans son insularité, dans le nord-est du continent américain. Les auteurs Roger et Jean-François Payette, l’un est historien, l’autre politologue, décrivent la condition collective de ce peuple dans leur ouvrage Ce peuple qui ne fut jamais souverain. La tentation du suicide politique des Québécois. Cette nation, qui colonisa jadis, s’est transformée, après la conquête anglaise, au fil des décennies, en un modèle d’intégration totale de sons statut de colonisé. Ayant assimilé son provincialisme, il a accepté le fait que d’autres gouvernent pour lui. Il pense, de façon peut-être chimérique, que sa culture pourra lui assurer une survie. Il rejette la politique, au sens noble du terme, parce qu’elle exige des divergences d’opinions – et que, lui, il n’aime pas la « chicane ». Insouciant, ce peuple a emprunté la voie de la « louisianisation »…        

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Poursuivons notre traque des anglicismes, commencée voilà quelques mois. Aujourd’hui, dirigeons notre projecteur sur l’expression « bon matin ». On l’entend souvent à Montréal. Traduction littérale, cette expression est inutile. Le français n’offre-t-il pas un bonjour bien senti ?

mardi 24 septembre 2013

Toronto la vertueuse...


Il est de bon ton, dans la presse torontoise, de casser du sucre sur le dos du Québec. Elle peut s’y consacrer avec un plaisir parfois mal dissimulé. La Belle Province, à en croire ces plumitifs, serait l’endroit où tant de corruptions, tant de dérèglements, que l’on court des risques en y séjournant. Pour ma part, je ne prête plus attention à ce qui se publie dans certaines feuilles de chou de l’autoproclamée World-Class City. Le Canada, espace de solitudes, dont Toronto est l’esprit et la métropole, représente à mes yeux le soliloque, le communautarisme institutionnalisé. Ainsi, tout en se drapant du manteau de la vertu, on braque les projecteurs sur le Québec, ce qui évite d’être en restant derrière d’être trop éclairé. Hélas !  À Toronto, où le français est une langue étrangère, on ne lit pas le Monde diplomatique. On pourrait y apprendre, dans l’édition de ce mois-ci, que bourse de ville est devenue le carrefour mondial de la capitalisation des industries minières – un monde dont les « préoccupations » éthiques et écologiques peuvent prendre des tournures dérangeantes... Et, présentement, elle dérange des communautés en Roumanie.

On doit reconnaître que le gouvernement du Canada a contribué de façon importante à cette situation; les auteurs de l’article du Monde diplomatique,  Alain Denault et William Sacher, en esquissent d'ailleurs l’histoire.  Pire : l’administration de Monsieur Harper appuie cette tendance  de tout son poids – cette même administration dont les affinités avec l’industrie pétrolière ne sont que trop connues : l’effroyable tragédie de Lac-Mégantic nous l’a rappelé.

Post-scriptum du 27 novembre 2013 : les frasques du maire de cette ville, Rob Ford, me réjouissent... et me consolent.

samedi 31 août 2013

Démocratie africaine


L'Afrique nous apparaît comme un continent où, sous un simulacre démocratique, depuis la décolonisation des années 1960, des castes et des ploutocrates se maintiennent au pouvoir. Certes, il y existe bien quelques phares de la souveraineté du Citoyen, le Sénégal, l'Afrique du Sud - où des personnalités tutélaires comme Léopold Senghor et Nelson Mandela ont inspiré et inspirent encore, leurs compatriotes. Reconnaissons cependant que le chantier reste considérable, voire immense. Cette construction essentielle, des intellectuels africains l'ont mise au cœur de leurs réflexions. Ainsi, j'ai eu l'occasion de mettre la main sur un texte récent, le premier tome d'une trilogie, signé par Henri-Paul Bolap, un érudit, un spécialiste de la gestion et de la communication organisationnelle. L'auteur, dans La démocratie à l'assaut des dictatures, se propose de mettre en cause les notions montesquiennes, si je puis me permettre ce néologisme, des trois pouvoirs : l'exécutif, le judicaire et le législatif. Si dans  certains pays occidentaux cette répartition des pouvoirs a trouvé un certain équilibre, Monsieur Bolap souligne que dans plusieurs pays d'Afrique, l'exécutif domine de façon outrageuse la vie politique. Pire : en installant son personnel dans certains postes, l'exécutif transforme les pouvoirs judiciaire et législatif en faire-valoir. C'est pourquoi, avec pertinence, il échafaude une nouvelle théorie de partage et de distribution des pouvoirs.

En plus de redéfinir les trois pouvoirs, qu'il faut adapter aux réalités et aux cultures africaines, l'essai ajoute à la structure politique envisagée, deux autres institutions : le pouvoir médiatique et une autorité exécutante. Soulignons aussi le rôle du pouvoir législatif qui, gagnant en puissance, deviendrait plus délibératif. En revanche, la notion de pouvoir médiatique provoque quelques questions. L'un d'elles : Comment reconstruire une presse citoyenne et impartiale ? Il y a par ailleurs le problème des autocrates au pouvoir. Ils ne seront pas faciles à déloger. L'exemple de la Côte d'Ivoire, qui sort d'une terrible guerre civile, alimente sûrement les réflexions d'Henri-Paul Bolap.

La pensée africaine est en mouvement. On devra désormais, plus que jamais, tenir en considération la force intellectuelle du continent, trop longtemps brimée, qui produit des textes d'envergure, comme ceux de Monsieur Bolap. Il n’est peut-être pas loin le jour où les démocraties africaines, revivifiées, viendront en aide aux colonisateurs d’hier, les pays occidentaux, dont plusieurs sont aux prises avec la corruption, le copinage et les réseaux d’influence sévissant parmi leurs « élites »… C’est la grâce que je leur souhaite, que je nous souhaite.

mardi 30 juillet 2013

Le Devoir, la monarchie, la république


Consternant est le délire médiatique qui a accompagné la naissance d'un ci-devant de la couronne britannique. Il faut donner au bon peuple du divertissement; il faut bien vendre des copies, stimuler le tirage et les clics informatiques. Fidèle à mon habitude, j'ai plutôt choisi de me plonger dans une lecture beaucoup plus enrichissante au plan intellectuel, que de perdre mon temps à lire ce que les médias en ont rapporté. Les éditions du Septentrion viennent en effet de publier une anthologie de textes portant sur les valeurs républicaines en Amérique française. Cet ouvrage salutaire arrive au bon moment !

Ce qui m'a le plus étonné a été la position éditoriale du journal montréalais Le Devoir. On considère de façon générale ce journal, plutôt favorable à la souveraineté du Québec, comme étant le plus crédible en notre terre d'Amérique. Il y a quelques jours ce journal suivait le troupeau et mettait un article sur l'événement (j'écris « l'événement » en italique car ce n'en est pas un : des milliers d'enfants naissent tous les jours, partout dans le monde, et on en fait pas un plat...) en page d'accueil de son site Internet. En parler ? Oui... peut-être. Mais l'article en question aurait pu être relégué dans une sous-section, ce qui aurait démontré que la naissance d'un ci-devant ne changera pas nos vies, ici, au Québec. J'ai alors décidé d'écrire un court mot à la tribune en ligne du journal. En voici le texte intégral : « Trouver un article comme celui-ci, en page d'accueil, me déçoit énormément. Le Devoir, journal de référence, lorgne-t-il un lectorat plus intéressé par la presse "pipole" ? On ose espérer que non… ».  Ils refusent de publier mon intervention, m'ont-ils répondu, hyperlien en prime, menant à leurs principes directeurs. Comme je n'ai pas saisi les raisons précises de refus, voulant en savoir davantage, je leur transmets mon numéro de téléphone. Pas de réponse. Sauf par un autre courriel, dans lequel une employée, utilisant la même langue de bois, m'envoie à nouveau à leurs principes directeurs...
 
Amis lecteurs, vous ne risquerez plus, par consequent, de trouver ici de citations extraites du journal Le Devoir. Cette publication m'a trop déçu.

On a parfois remarqué que le souverainisme québécois peut être ambigu quand il est question de mettre en avant-scène la république, ses valeurs et sa philosophie. Le Programme du Parti québécois ne fait pas exception : on n’y fait qu’une seule mention de « l’approche républicaine ». Et pourtant… la vraie souveraineté implique un divorce définitif, une rupture franche, avec la monarchie britannique, son faste et son inutilité. Un Québec souverain devrait entretenir avec la Grande-Bretagne le même type de relations qu'a la République française avec Londres. Mais le Québec est frileux, timoré. Il est à craindre qu'il le restera.
 

jeudi 18 juillet 2013

La « calquomanie » linguistique


Au Québec, nous combattons les calques dans la mesure de nos moyens, naguère avec passion et opiniâtreté, de guerre lasse aujourd’hui. Les calques ?  Oui, les calques, c’est-à-dire la transposition littérale d’expressions d’une langue étrangère qui ne respecte pas la structure et la morphologie de la langue d’accueil. Les calques, ici, ce sont les anglicismes, des expressions comme « prendre une marche » (faire une promenade), « jusqu’à date » (jusqu’à maintenant), « être dévasté » (être profondément attristé), etc. Or, il semble que le français de France, lui  aussi, à son insu, commence à être affecté par les calques de l’anglais. Le journaliste Christian Rioux en faisait part aux lecteurs du Courrier international dans un entretien dont l’objet était l’enseignement en anglais dans les universités françaises. Il n’est pas le seul. Quelques auteurs l’ont aussi remarqué. Tout comme en son temps le grand Léo Ferré.


La bât blesse un peu moins lorque l'on peut identifier, souligner, le calque. Il arrive toutefois que l'ambiguïté s'immisce dans le discours. Ainsi, un éditorialiste du journal Le Monde se demandait, le 29 avril dernier, si Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale, qui réclamait une confrontation avec la chancelière allemande Angela Merkel, utilisait le mot « [comme un] puriste de la langue française ou un "angliciste" débridé ». Le mot possède  une connotation propre à chacune des deux langues. Et le contexte peut entraîner des propos regrettables. Aussi l'éditorialiste concluait : « ...le débat d'idées avec l'Allemagne, oui; l'affrontement, non »... On ose espérer que les politiques français penseront et communiqueront en français, langue nuancée certes, mais précise. 

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La Croatie devient le vingt-huitième État de l'Union européenne. J'ai lu quelque part que les classes dirigeantes de ce pays conservent la nostalgie de l'Europe centrale  la Mitteleuropa –, qu'elles désirent distancer politiquement la Croatie de ses voisins des Balkans. Le cas échéant, cette position consoliderait le rôle dominant de l'Allemagne au sein de l'Union...